Égo surdimensionné à la sauce autodérision : mode d’emploi
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| Ma tête enfle, mais c’est une montgolfière philosophique : elle s’élève, elle observe, elle ne s’écrase jamais. Et si elle redescend, c’est juste pour offrir un thé au sol. |
“Mon égo est vaste. Il a sa propre météo, ses fuseaux horaires, et parfois même son service de presse. Mais rassurez-vous : il ne mord pas. Il fait des blagues, il joue de lui-même, et il vous offre un café pendant qu’il vous raconte ses exploits réels et imaginaires.”
1. L’égo qui se prend au sérieux : le tyran en costume de gala
Il entre dans la pièce comme un roi sans royaume. Il parle fort, cite des noms, fait des gestes larges. Il ne demande pas l’attention, il la confisque. Il ne propose pas, il décrète. Il ne doute jamais — ou alors en privé, quand personne ne regarde.
Imaginez ce type de personne : celle qui, dans une salle d’attente, s’adresse à son accompagnatrice à mi-voix — mais avec assez de panache pour que tout le monde entende. Elle évoque “le meilleur spécialiste du pays”, assure qu’elle a “lu tous les articles sur le sujet”, et confie qu’elle “a déjà tout compris avant même la consultation”.
Elle ne pose pas de questions — elle les reformule, comme si le doute était une faute de goût. Son expérience ? Un monument. Elle ne l’offre pas, elle l’érige, avec des fondations de certitudes et des corniches de supériorité.
Et dans cette mise en scène, il ne s’agit pas seulement de briller — il s’agit de prendre l’ascendant, de dominer l’espace, de faire taire les autres par excès de savoir. Mais voilà : le public n’est pas toujours docile. Certains baissent les yeux, d’autres échangent des sourires complices, et parfois, le rire surgit — discret, mais vif, comme une forme de critique.
Cette volonté de supériorité la positionne rapidement en retrait de ceux qui l’entourent, et surtout face aux personnes qui détiennent un savoir réel sur le sujet. Elle fausse les échanges, brouille les analyses, et peut même altérer la qualité du soin attendu. Autour d’elle, les critiques s’accumulent — souvent silencieuses, parfois moqueuses — bien plus nombreuses qu’elle ne l’imagine.
“À trop vouloir imposer sa lumière, on finit par éblouir les autres… et se retrouver seule dans l’ombre.”
2. L’égo ironisé : le clown philosophe qui fait du bien
Et puis il y a l’autre égo — celui qu’on gonfle volontairement, mais avec des soupapes d’humour. Celui qui monte, oui, mais en montgolfière, pas en fusée. Il prend de l’altitude, mais il regarde en bas avec tendresse.
C’est celui que j’incarne, parfois, quand je fais rire les caissières, quand je détends les médecins, quand je transforme une scène banale en comédie relationnelle. Je dis :
"Mon égo est immense. Il a demandé un visa pour l’espace. Mais il a oublié son passeport, alors il est resté au sol, à faire des grimaces.”
Et tout le monde rit. Parce que l’égo, quand il est mis en scène avec autodérision, devient un personnage comique. Il ne fait plus peur. Il amuse. Il relie.
Laissez-moi vous conter une expérience récente avec un imminent neurologue. Le cabinet était calme, presque sacré. Le médecin parlait bas, mon époux écoutait, moi je respirais la diplomatie. Et soudain, il est arrivé. Petit, ailé, sans rendez-vous. Un moustique. Mais pas n’importe lequel : le moustique dramatique, celui qui croit que le bzzzz est une forme de communication médicale.
“Il voulait sûrement faire le buzz.”
Il a tourné autour de nos têtes comme un satellite en quête de signal. Alors, dans un souffle ironique, j’ai glissé au médecin :
“Il veut peut-être une consultation privée.”
Le neurologue, sans se départir de son calme, a joué le jeu :
“Alors, monsieur le moustique, quels sont vos symptômes ?”
Et là, tout le monde a souri. L’atmosphère s’est détendue. Le moustique, lui, a continué son ballet aérien, jusqu’à ce qu’un claquement de main bien placé mette fin à sa carrière médicale.
“C’était lui ou notre dignité.”
Et dans ce geste, il y avait plus qu’un réflexe : il y avait la défense du soin, la protection de l’espace relationnel, la revendication d’un silence respectueux. Même l’égo, ce jour-là, s’est mis au service de la paix intérieure.
3. Jouer de soi pour mieux relier : l’égo comme ballon de lien
Il paraît que l’égo, quand il est bien gonflé, peut devenir un ballon de parade. Mais s’il veut voler longtemps, mieux vaut lui ajouter une valve d’humour — juste assez pour qu’il n’explose pas au premier regard ironique.
On peut choisir de parler de soi comme d’un personnage : ni héros ni victime, juste un être en scène, avec ses répliques, ses trous de mémoire, ses effets comiques involontaires.
Et si le rire surgit, tant mieux. Qu’il soit partagé, jamais dirigé. Qu’il nous relie, pas qu’il nous désigne.
Et puis, n’oublions pas l’anorak philosophique — celui qu’on enfile quand l’égo prend de l’altitude. Parce qu’à trop voler haut, on risque de se geler. Et dans ces moments-là, le rire est notre meilleur chauffage central.
Tenez, imaginez le supermarché comme un théâtre de l’égo comique. Je suis entrée dans le magasin comme on entre dans une salle de conférence. Mon égo a pris le chariot, moi j’ai pris les sourires. À la caisse, j’ai fait une blague sur les poireaux. Résultat : deux rires, un clin d’œil, et une invitation à revenir.
Et pourtant, je n’ai rien imposé. J’ai juste offert un moment de légèreté. Parce que l’égo, quand il est mis en jeu avec humour, devient un outil de lien. Il ne cherche pas à convaincre, il cherche à détendre.
L’autodérision ne nous empêche pas d’avoir de la gratitude. Au contraire, elle nous permet de retomber sur terre avec élégance, sans se crasher. Elle nous rappelle que notre valeur ne dépend pas du regard des autres, mais de notre capacité à rire de nous-mêmes sans nous dévaloriser.
Et vous, comment votre égo aime-t-il se mettre en scène ? Est-ce qu’il vous fait rire, parfois ? Est-ce qu’il vous gêne, souvent ? Je serais ravie de lire vos anecdotes, vos montgolfières, vos moustiques. L’espace est ouvert — à vos plumes, à vos sourires.



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