L’allégorie de la grève
Ce matin, le long de la grève marine,
J’avance hésitante, fragile opaline.
Un chant salin m’envoûte à l’abandon,
Les draps d’écume m’invitent à leurs frissons.
Je marche lentement, le vague à l’âme,
Le cœur serré, usée par ce tumulte infâme.
D’une main d’écume avance, puis se retient,
Transparente gardienne qui murmure : « viens ».
Dans les volutes d’argent,
Le pas lent de la mer aimant.
Sous l’écharpe d’écume,
L’infime appelle ma plume.
L’appel de la rejoindre a frôlé ma peau,
Et sans retenue, je l’ai suivi jusqu’à l’eau.
Dans les flots bleus, émeraude et ivoire,
Elle m’emporte au creux d’un profond savoir.
Les eaux troubles voilent ma vision brisée ;
J’erre en brassant les courants d’ombre et de clarté,
De bises anciennes, de bonheur disparu,
Et de souvenirs enfouis que je n’attendais plus.
Dans les volutes d’argent,
Mon cœur s’égare patient.
Sous l’écharpe d’écume,
Le passé frôle ma plume.
Ma plongée dans le trouble ébranle mon passé ;
Aux abysses de moi-même un chemin s’est tracé.
L’enfant que j’étais vit encore, en personne,
Protégé du vacarme et des blessures des hommes.
Un courant bienveillant me prit sous son bras,
Et dans une remontée douce, il m’emporta.
À la surface, l’horizon s’ouvrit au soleil.
Je quitte la grève, apaisée, émerveillée.
Dans les volutes d’argent,
Mon cœur glisse au vent.
Sous l’écharpe d’écume,
Ma main trouve la plume.

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