Le gel
Le gel, pâle censeur, ourle l’aube en silence,
Son souffle engourdi, tel un froid fuligineux,
Fige au cœur des rameaux un frisson vespéral,
Comme un glas de cristal suspendu dans l’immense.
Marche — souverain — dans son manteau lactescent,
Semant sur les chemins un poudroiement d’opale,
Et l’herbe, en se courbant sous sa blanche rafale,
Devient chœur muet d’orfèvrerie et de vent.
Mais parfois, dans l’éther, une lueur s’embrase :
Un albugineux rêve éclot sous la cuirasse,
Et l’on croit voir, au loin, palpiter un soleil.
Alors le gel, surpris par sa propre lumière,
Se meurt en éclats, tel un mirifique éveil,
Et rend au monde entier sa rumeur printanière.



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